Communication rituelle, experts et développement

Or, ce faisant, les experts rituels communique des informations aux « récepteurs » ( « ceux qui font » ) par le biais de prescriptions. Cette communication rituelle correspond aux rencontres évaluations ( ou jalons-projet ) convoquées par « ceux qui pilotent » qui contrôlent toute l’opération. Ils peuvent s’attendre à recevoir en retour des informations rigoureuses et constructives mais les pressions implicites faites sur « ceux qui font » les mettent à l’abri de toutes contestations et remises en cause. Les constructions sociales, symboliques et les pratiques qui leur sont associées se forment dans le cadre de rapports sociaux différenciés et hiérarchisés : des relations d’autorité. Les savoirs rituels sont liés à des relations de pouvoir dont la dynamique idéologique veut, au delà de l’évaluation ponctuelle du projet, faire accepter par le plus grand nombre possible les idées, les conceptions et les modes de pensée agissants dans le discours de la Banque. C’est le procédé du « régime de vérité » qui chez M. Foucault[1], est « formé de discours historiquement définis qui sont présentés à une communauté morale comme étant vrais ». Et, où les détenteurs de positions d’autorité disposent d’outils de conviction idéologique, de modèles d’interprétation qui visent à faire partager à tous les valeurs, les principes et les valeurs de la pensée agissante dont eux-mêmes ont la connaissance.

Dans le rituel, les symboles sont des éléments qui concentrent beaucoup de significations. Ce sont des symboles instrumentaux qui permettent d’atteindre des objectifs spécifiques comme l’adéquation entre les résultats d’étape du projet et le projet d’ensemble de l’action de la Banque en matière de coopération pour le développement ( l’institution d’un système économique de marché perein et solidaire de la lutte contre la pauvreté ). Les symboles prennent consistance à l’intérieur du discours de la Banque[2]. Ces symboles instrumentaux ou artefacts ne peuvent, en effet, être saisis qu’en relation avec les autres symboles du système symbolique qui, de portée plus globale, déterminent la vision du monde de la Banque : ce sont les rapports annuels sur le développement dans le monde[3]. Mais les artefacts du projet ont une dimension opérationnelle et stratégique dans la mesure où leur utilisation comporte un but idéologique.


[1] cité par Arsenault, D., op.cit.

[2] cf. infra n° 173.

[3] Ainsi le Rapport sur le développement dans le monde de 1991 a été consacré à « l’approche amicale au marché » ( market friendly approach ). Selon cette thèse de la Banque,  l’intervention de l’Etat est admissible seulement si elle permet au marché de fonctionner. L’Etat devrait soutenir et non supplanté le marché. Il devrait agir avec le marché à travers une planification qui soutient le marché ( market sustaining planning ).

Source  : Wane, A., Penser le risque dans le développement international, EUE Sarrebruck/Allemagne, 2011.

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